Vendredi 11/03/11 à 7h, heure française, les rédactions du monde entier se sont réveillées. Le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon ont tout emporté. Tirés de leur lit, où ronronne l’actualité ordinaire, par la vague de catastrophes, les journalistes ont braqué instantanément leurs yeux et leurs oreilles, leurs caméras et leurs micros sur le pays du nucléaire terrifiant, sans plus aucune considération pour l’actualité de la veille.
Aux oubliettes le débat sur la laïcité, les sondages de Marine Le Pen, les atermoiements de la candidature DSK, le divorce cocasse des Karembeu ou les jérémiades de Michel Polnareff ! Et la liste des sujets passés à la trappe est aussi longue que l’inquiétude qui ronge l’humanité ces derniers jours. C’est connu, une actualité chasse l’autre. Mais cet emballement médiatique bouscule et déstabilise surtout le tempo de la communication.
Ce qui constitue aussi bien une aubaine pour certains qui désirent minorer ou taire une nouvelle que la guigne pour d’autres qui souhaitent mettre une information en valeur. Et inversement. En clair, c’est le moment rêvé et inattendu pour Carlos Ghosn et Renault de laver leur linge sale en famille mais pas la période propice au lancement d’un nouveau véhicule au salon de l’automobile de Genève qui a fermé ses portes dans l’indifférence générale le week-end dernier.
A qui profite la crise ?
L’apocalypse au Japon permet surtout d’éclipser de l’actualité des faits et des situations gênantes, et pour les politiques c’est la panacée. Un formidable remède aux polémiques stériles et aux déclarations stupides mais aussi hélas aux discours préoccupants. Et tandis que certains se font oublier et en profitent pour reprendre leur souffle en toute discrétion avant de nouveaux coups d’éclat, d’autres retrouvent des couleurs. Par exemple, la députée UMP Chantal Brunel, doit être soulagée de ne plus être sous les feux des projecteurs après avoir suggéré de « remettre dans les bateaux » les immigrés « qui viendraient de la Méditerranée ». Tout comme Dominique Strauss-Kahn, pas mécontent à mon avis qu’il y ait désormais plus grave que la vexation des Grecs qui se sont sentis insultés par les déclarations du président du FMI sur la faillite de leur état. A l’inverse la couleur verte revient en force et à la mode. Le malheur des pro-nucléaires fait le bonheur des écologistes qui commençaient à dépérir dans un climat de guerre froide entre les 2 clans, les Verts et Europe Ecologie, depuis leur fusion en vue de la présidentielle de 2012.
Certains gouvernants et élus de tout bord se noient donc avec délectation dans la vague de l’actualité Japonaise, tandis que d’autres s’en emparent et la surfent pour soigner leur communication dans les studios des radios et sur les plateaux de télévision avec l’assentiment de leurs hôtes, les journalistes. Jusqu’à la prochaine vague…
« Un bateau n’est pas plus grand ou plus petit, selon qu’il se trouve au creux ou au sommet de la vague. » – Proverbe Breton











Stephanie
Tout ceci est tres vrai et tous les pays font de meme. Detourner l’attention vers une crise enorme qui ne se passe pas chez eux, une porte de sortie extremement facile et une facon de rassurer son electorat « tout ceci ne se passe pas chez nous ». Les Americains en arrivaient meme a declencher des conflits (comme bombarder le Soudan au moment de l’affaire Lewinski…).
Et malheureusement avec cette catastrophe on se rend compte aussi que ceux qui sont censes informer provoquent en fait encore plus de confusion.
Matching Points
Il est vrai que les journalistes ont du grain à moudre en ce moment et peinent à être sur tous les fronts. Il est vrai aussi que chacun y va de ses théories et de sa belle assurance pour ou contre le nucléaire, l’ingérence en Afrique etc….Mais n’aborde-t-on pas justement en ce moment où se déchaîne la violence de la terre et des hommes quelques vrais sujets, quelques vraies préoccupations qui sont étouffés d’habitude par la surmédiatisation des petites phrases, petits soucis ou cancans du petit monde qui « fait » l’actualité, c’est à dire médias et hommes politiques, tous autant impuissants devant les grands problèmes de la planète et défis du futur ?